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Parlons d’amitié

  • Photo du rédacteur: Amrit
    Amrit
  • 1 sept. 2025
  • 7 min de lecture

L’amitié est quelque chose d’étrange. Enfin, elle l’a longtemps été pour moi.


L’amitié a longtemps été un enjeu dans ma vie. Tout d’abord parce qu’en tant « qu’enfant presque unique » de parents nomades, j’ai passé les premières années de ma vie entourée uniquement d’adultes. Un demi-frère de 18 ans de plus que vous, c’est quelque chose de précieux, mais ce n’est pas un compagnon de jeu. L’entrée à l’école était donc pour moi la promesse de pouvoir enfin trouver des petits êtres de ma grandeur avec qui jouer et tisser des liens.


Ensuite parce que la pré puberté ici s’est avérée être un voyage à la vitesse de l’éclair qui m’a conduite dans un corps d’adulte à l’âge de 10 ans. Avec cette surprise de la vie, est venue à la clé une autre réalité: L’intimidation.


Ajoutez à tout ceci des caractéristiques MP (multi-potentiel) qui ne savaient pas très bien trouver leur orientation et leur place, les relations sociales sont vites devenues comme une sorte de champ de mines sur lequel j’avançais à tâtons. Je ne comprenais pas les jeux de rôles auxquels tout le monde s’adonnait et j’ai rapidement vu que mon intensité était souvent un problème pour les autres. Si bien que  j’ai fini par croire qu’elle était un « problème » pour moi aussi!


Mais ça c’est une autre histoire…


Comme bien des gens, j’ai passé plusieurs années à tenter de me définir à travers le regard de l’autre et à chercher ma place en ce monde. Quand vous naviguez à travers une mer de regards et d’opinions, la vie est houleuse et les relations deviennent une école qui vous en apprend beaucoup sur la nature humaine.


Repliée en moi-même pour me faire petite et faire en sorte que cette intensité ne dérange pas trop ou ne me cause pas trop de problèmes, j’ai eu la chance, avant que tout s’effondre, de quand même pouvoir devenir une fine observatrice de la vie.


L’amitié, tout comme la relation de couple, est un jeu de projections. Dans le couple, ce sont nos désirs et nos manques affectifs que nous projetons et tentons de faire combler par l’autre. Alors qu’en amitié, la partie est plus complexe, parce que composée à la fois de règles individuelles qui se jouent dans la relation à deux, mais aussi de règles collectives qui sont celles propres à tous les groupes.


En amitié, outre la résonance, c’est souvent aussi la reconnaissance qui sont recherchées.


On tombe en amitié (dérivé de « tomber en amour ») en raison souvent d’affinités ou de champs d’intérêts communs. De valeurs communes aussi parfois. Ou encore de vécus similaires et d’expériences partagées qui tissent un lien inébranlable au fil du temps. C’est une alchimie complexe qui va chercher ses racines beaucoup plus profondément dans l’énergétique et des liens d’âmes aussi. Mais si nous en demeurons au niveau du plus grossier et du plus superficiel, c’est essentiellement ce qui nous guide dans nos liens amicaux.


À cela, vous devez ajouter le fameux effet de groupe qui vient « fucker toute la patente » (foutre la merde partout pour vous lecteurs français). 😅


Pourquoi l’effet de groupe vient-il gâcher la sauce?


Parce qu’il empêche les gens d’être réellement eux-mêmes. Or, le propre d’une amitié vraie et sincère c’est de pouvoir être en confiance avec l’autre. Avoir la certitude et la garantie que nous pouvons être nous-même, parler et s’exprimer librement.


Ce que le groupe ne permettra jamais.


Le groupe ne veut pas des gens aux tempéraments trop forts et aux opinions trop tranchantes. Enfin pas un grand nombre. Un ou deux « mâles alpha » pour jouer aux chefs de meute mais jamais plus que cela. Et comme l’humain est une créature relationnelle, un mammifère qui a besoin d’une famille ou d’un clan, ce besoin d’appartenance se déguise et prend vite la forme de la peur du rejet ou de l’abandon. Un sentiment qui amène forcément à se renier ou se trahir dans des parts, petites ou grandes, de ce que nous sommes.


Aussi, la relation entre deux « ami/e/s » qui pouvait être vraie et sincère dans l’intimité des moments passés ensemble, devient toute autre chose lorsque le cercle relationnel s’élargit et que le contexte social nous place en présence de plusieurs « amis » qui interagissent les uns avec les autres.


Ici, le besoin de vérité et d’authenticité a toujours été très fort. Aussi, je ne me suis jamais sentie bien dans les groupes. Et je n’ai jamais été très bonne non plus pour acquiescer à ces jeux de masques sociaux, pas plus que pour me taire quant à l’hypocrisie qu’ils engendrent.


Aussi, l’amitié pour moi est quelque chose de rare et de précieux. Une relation intime, presqu’aussi intime que celle qui prévaut entre deux amoureux. Parce que c’est une forme d’amour aussi, sauf qu’elle est dénuée d’intimité sexuelle. Et paradoxalement, même si le temps m’a fait comprendre l’importance d’entretenir les vraies amitiés, une amitié sincère n’a pas réellement besoin d’être entretenue. Vous pouvez avoir été 2 ans sans vous voir et vous parler, vous retrouver, c’est vous retrouver dans cet espace où le temps n’existe pas réellement.


Mais comme il ne faut pas non plus renier cet aspect humain en nous qui cherche la relation et la connexion, c’est important aussi, d’entretenir les liens amicaux et de passer du temps ensemble.


L’amitié devrait vous permettre d’être réellement qui vous êtes et c’est pourquoi les épreuves que nous vivons dans nos vies sont des perles inestimables qui nous permettent de voir qui sont les véritables amis. Parce qu’il n’y a que ceux-ci qui resteront quand tout fout le camp.


En spiritualité on a l’amitié facile… Très facile. On peut lire ça un peu partout sur les réseaux sociaux des gens qui ont de belles grosses communautés spirituelles (et même des plus petites parfois).


« Mes très chers amis… »


Les publications commencent souvent comme ça.


Que de beaux voeux pieux!


Mais est-ce vrai?


Rarement malheureusement.


Il s’est vécu ici une époque où je me suis laissée bercée et endormir solidement par tout ça. Des relations virtuelles essentiellement, où l’on vient te flatter dans le sens du poil, vanter tes qualités ou ta lumière, dire vouloir entretenir des liens avec toi… Jusqu’à ce que tu dises la parole, le mot, que tu publies le texte ou fasse « ze » commentaire sous la publication ou le vidéo de ce nouvel ami, qui est mal reçu ou mette le feu aux poudres.


Ce qui est tout à fait normal.


Lorsqu’il n’y a aucun ou que très peu de vécu commun avec l’autre, il n’y a aucun terreau fertile à ce que de véritables liens puissent se tisser.


L’amitié c’est fait d’attachements et d’engagements, comme tous les liens authentiques et vrais.


Or dans cette spiritualité moderne où tout le monde veut vivre de vacuité et de détachement, il n’y a aucune place pour l’amitié. Sous des couverts de liberté absolue, d’amour sans conditions et de laisser place à la vie d’être ce qu’elle est, tout le monde devient l’ami/e/s de tout le monde…


Sans se rendre compte que les bonne vieilles dynamiques de groupe continuent de rouler et jouer en arrière plan, venant constamment foutre la merde partout.


C’est du chiqué, du toc et du plastique.


Y a RIEN de vrai dans tout ça.


Mais si je dis que ce sont de beaux voeux pieux, c’est qu’il y a quand même une beauté qu’il ne faut pas renier ou rejeter. Il y a tout d’abord cette volonté à vouloir faire les choses autrement et à être plus inclusifs. Et si ce n’était pas fait de blessures qui demandent encore à être vues et guéries, ça pourrait fonctionner.


La chose la plus difficile lorsqu’il est question d’amour, c’est d’accepter que notre amour ne soit pas vu, pas reconnu. Or, l’amitié est souvent elle aussi, une tentative d’être vu/e et reconnu/e pour ce que nous sommes.


Et ça marche! C’est possible. Mais pour que ça fonctionne, il faut qu’il y ait un vécu COMMUN. Qui permette de réellement connaître l’autre, de le rencontrer dans tous les aspects de ce qu’il est et non pas seulement dans ceux que nous aimerions qu’il/elle soit.


Et ça, ça peut pas se vivre dans le virtuel ou des relations qui durent le temps d’une ou deux retraites spirituelles par année…


On ne change pas notre nature humaine et on ne la transcende pas non plus. On l’apprivoise, on la comprend, on l’accueille et on vit avec.


On laisse l’espace d’accueil grandir en nous. Un espace qui fait que OUI on devient beaucoup plus tolérant/e/s et inclusifs/ives.


Mais il ne faut pas confondre ça avec l’amitié. L’amitié vient avec une forme d’intimité qui permet d’aller plus en profondeur dans la relation et il est faux de prétendre que nous pouvons développer ça avec tout le monde.


C’est une belle grosse histoire spirituelle qui aime à se raconter et qui se véhicule sous des couverts d’amour sans conditions. Mais cette histoire, elle provient toujours d’un espace blessé.


Tant que l’amour est blessé, il souhaitera toujours être sans conditions parce qu’on lui en a mis et imposé plusieurs et qu’il en a marre. Marre de devoir correspondre aux attentes des autres pour être vu et reconnu.


C’est pourtant de TOI que l’on parle…


De cet amour que tu ES.


Alors qu’est-ce que tu attends pour te libérer de ce carcan? De ces conditions que tu continues de t’imposer à toi-même parce que tu CROIS encore qu’elles doivent être là pour qu’on te remarque et/ou qu’on t’aime.


Qu’est-ce qui se passerait si tu laissais tomber tout ça?


Tu ne perdrais pas tous tes amis…


Mais seulement ceux/celles qui n’en sont pas VÉRITABLEMENT.


Parce que les « vrais », ils resteront, peu importe qui tu es, ce que tu fais ou deviens.


On dit qu’en vieillissant, on finit par privilégier la qualité sur la quantité. Perso, j’ai toujours privilégié la qualité et je ne l’ai jamais regretté.


Certes je n’ai jamais fait l’unanimité.


Mais qui voudrait de ce fardeau?


Les gurus, vedettes et idoles croulent sous le poids de leur perfection et finissent tous/toutes un jour ou l’autre par nous montrer leur vrai visage.


À chacun/e ses choix et son chemin.


Mais sur le chemin de la paix et la sérénité, la « popularité » n’est pas véritablement une option. Une expérience passagère peut-être, mais rien sur lequel bâtir et construire quelque chose qui soit nourrissant.


Un très bel automne à vous tous/toutes,


Amrit

Un moment magique passé avec une amie de très longue date.

 
 
 

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