Le cycle de la violence
- dianegagneamrit
- 3 mai
- 9 min de lecture
Il y a un bon moment déjà que je ne suis pas venue vous écrire ici. Oui, je me concentre plus sur Substack maintenant et tente d'y développer le volet écriture de mes activités sur cette plateforme. Parce que je crois en ce que je porte et véhicule de ce côté-là. Parce que je crois que ça mérite qu'on paye pour ça, oui.
Je l'assume pleinement maintenant. Donc, ma présence ici se fera moins fréquente. Les choses changent et avec elles, la nécessité de modifier nos comportements.
Cela dit, je partage quand même encore beeeeeeeaucoup gratuitement et je constate que ça faisait un moment que je n'étais pas venue le faire ici.
Aujourd'hui, j'avais le goût de vous parler du cycle de la violence. Ce qui rejoindra d'une manière autre, la nécessité de changer nos comportements.
Je ne lis plus les journaux depuis quand même quelques années. Ce n’est pas que ce qui se passe dans le monde ne m’intéresse pas. C’est que comme pour la bouffe, un jour il faut savoir choisir de quoi on se nourrit au niveau intellectuel et émotionnel. Qu’est-ce qu’on ingère comme informations, quelles influences on laisse entrer dans nos vies.
Ce qui est quelque chose d’assez important lorsque l’on traite de paix et de tranquillité d’esprit.
Un esprit tranquille voit plus clair et peut alors agir autrement dans le monde. Créer aussi de la beauté, inviter à la réflexion ou entreprendre des actions différentes, innovantes.
En outre, j’ai réalisé que je n’avais pas vraiment besoin de lire les journaux ou regarder les bulletins de nouvelles. L’information est là partout. Disponible au bout de nos doigts et à portée d’oreille, dès que nous sortons de la maison. Donc, à moins de vivre dans une grotte ou au fond d’un bois, aujourd’hui, que vous lisiez les journaux et regardiez la télé ou non, vous saurez bien assez rapidement ce qui se passe dans le monde.
Même lorsque vous ne le souhaitez pas réellement... 😅
Mais chéri lui, lit les journaux. Parfois il me fait suivre des textes, lorsque ceux-ci portent sur des thèmes qu’il sait me toucher ou m’intéresser. Ce matin, il me fait suivre deux textes issus du journal La Presse. Le premier traite de l’amitié masculine.
Le second est un texte à saveur éditoriale, écrit par un homme, qui s’intitule « Pendant que les femmes meurent ». C’est un appel à la solidarité masculine envers les femmes. Une invitation à sortir des peurs de perdre les acquis et gains que les hommes ont fait suite aux derniers siècles de patriarcat. Afin d’ouvrir les yeux sur toute la violence que celui-ci porte.
Le premier texte sur l’amitié masculine traite quant à lui, des stéréotypes et préjugés qui sont véhiculés lorsque vient le temps de savoir ce qu’est un homme, ou non. De tout ce que ceux-ci emportent de conséquences négatives pour les hommes eux-mêmes, quand vient le temps de se mettre en relation avec leurs pairs. Afin de trouver au sein des rapports masculins une authenticité véritable, de celle qui permet d’afficher aussi sa vulnérabilité et pas seulement sa colère et ses frustrations du moment.
Ce qui m’a frappé c’est comment les deux textes se rejoignent, malgré des titres différents.
Ce qui m’a frappé aussi, c’est comment il est difficile de briser le cycle de la violence. Comment nous l’associons uniquement au patriarcat et, incidemment à l’homme.
Le cycle de la violence est relié à la peur. C’est la peur qui conduit au combat et à la violence.
Or, oui, ce sont les hommes que nous avons formés au combat. Mais ça, c’est un conditionnement, une façon de faire que nous avons choisi collectivement. Parce que c’était plus simple comme ça, parce que c’était commode avec une femme qui devait être plus proche de ses petits dans les premiers mois/années. Pour l’allaitement et les soins, etc. Tout le monde s’est enfermé dans des façons de faire qui ont socialisé nos rôles respectivement.
Donc, voyant cela, on ne peut pas faire reposer tout le poids de nos violences d’un seul côté seulement.
C’est manquer de beaucoup de recul et de perspective que de glisser sur cette pente-là.
L’autre chose, c’est que tout le monde vit avec des peurs. Cela n’a rien à voir avec une identité de genre, ou même d’une volonté de régler la question en s’extrayant de l’idée d’une identité de genre.
La peur c’est dans notre système, c’est quelque chose qui fait partie de la nature humaine, dans un monde qui a toujours possédé une part d’hostilité. Tant que nous verrons de l'hostilité dans le monde, il y aura de la violence.
La question qu'il faut alors se poser c'est qu'elle est la véritable part d'hostilité dans le monde?
Parce qu'il y a toute cette hostilité artificielle, toute celle que l’on rajoute depuis des millénaires en couches successives. Celle que l’on défait et reconstruit au gré des influences et des courants propres aux différentes époques de notre histoire commune.
C’est important de faire la différence parce que l’humain aime à se chercher des victimes et des bourreaux. Cela permet d’entretenir l’idée du sauveur, et par conséquent, de s’attribuer le rôle qui nous convient le mieux dans ce triangle infernal dont on ne sort jamais.
Parce que si nous avons a choisir, c’est le rôle du sauveur que nous choisirons… C'est le plus beau des trois, on va pas se mentir là-dessus.
Le cycle de la violence se maintient et se perpétue parce que nous continuons de banaliser et normaliser la violence. Et je ne parle pas ici des grosses violences, celles qui sont apparentes, que tout le monde peut voir et ainsi continuer de dénoncer. Sans que les choses, dans leurs fondements changent pour autant.
Je parle des micros-violences. Celles que nous nous infligeons à nous-mêmes ainsi qu’à nos proches. Parce que la vie va vite, qu’elle nous pousse à réagir inconsciemment plutôt qu’à agir consciemment. Le texte sur l’amitié masculine en parle, les études le démontrent. Les gens s’isolent de plus en plus, le tissu social s’effrite et les gens font de moins en moins d’efforts pour aller vers l’autre, afin d’entrer en relation de fond. Cette relation authentique où les gens peuvent être eux-mêmes et vrais.
Celle où l’on arrête de se raconter des histoires et afficher son masque plutôt que sa vérité du moment.
On ne veut plus porter les fardeaux des autres parce que nous avons bien assez des nôtres. Entre le boulot, les factures à payer, le prix de l’essence, les enfants qu’il faut perpétuellement occuper et tous ces petits plaisirs éphémères après lesquels nous courons pour anesthésier les effets du modernisme sur notre niveau de déconnexion intérieure, nous n’avons pas le temps d’écouter et recevoir l’autre.
Nous n’avons même pas le temps de nous écouter réellement…
On ne change pas les mentalités dans la vitesse et la rapidité. Pas plus qu’avec des beaux discours et des intentions nobles. Lorsque nous en demeurons aux vœux pieux et aux belles intentions, nous lançons des idées et des appels à la solidarité, faisons quelques manifestations ici et là et proposons des solutions qui paraissent alléchantes. Cela continue de nous placer dans une posture de sauveur confortable, mais cela ne nous mobilise pas réellement. C’est commode et cela nous rassure, parce que cela ne nous demande que peu d’efforts.
Changer c’est difficile parce que cela demande non seulement d’accepter de voir les choses autrement, mais aussi de modifier ses comportements. C’est exigeant, cela nous demande de sortir de notre zone de confort et d’accepter d’aller vers l’inconnu. Cela va à l’encontre d’un principe naturel dans l’humain, le principe de l’entropie.
Principe qui fait que l’humain conserve son énergie au maximum, afin de pouvoir l’utiliser à son maximum, seulement lorsque c’est nécessaire. Une énergie qui n’est pas structurée et organisée se disperse et se perd. Essentiellement, c’est ça l’entropie. C’est présent partout dans la nature, c’est donc également présent chez l’être humain.
Ce principe est nécessaire au maintient et à la survie des systèmes. Mais c’est aussi un phénomène transitoire parce que tous les systèmes et toutes les formes changent et ne se maintiennent pas vraiment dans le temps. Donc, encore une fois, c’est la même chose chez l’humain.
Et là, nota bene pour les esprits scientifiques qui tomberaient malencontreusement sur ce texte.
Je m’apprête à parler d’une perspective sociale et non scientifique…
Si la survie n’est plus requise, l’entropie fait de l’humain un être qui peut rapidement devenir paresseux. Qui ne bougera que s’il juge que c’est nécessaire. Aussi, dans nos sociétés quand même très confortables, nous repoussons toujours et encore plus loin de nous l'inconfort. Nous passons beaucoup de temps à évaluer ce que nous considérons comme nécessaire et utile. Ce qui vaut la peine d’être défendu ou non. Nous pataugeons dans les réunionites et l’immobilisme, les consensus et le statut quo.
Parce que consciemment ou non, nous savons que les changements impliquerons de perdre des acquis, de brasser les cartes autrement et d’aller vers la difficulté et l’inconfort.
Et ça, nous ne voulons pas ça. Nous percevons cela comme une forme de violence à l’égard de nous-mêmes. Ce qui est effectivement vrai, si nous abordons les choses d’une perspective individuelle. Individuellement, nous mélangeons rapidement les concepts. L'inconfort devient rapidement de la souffrance pour glisser, lentement mais sûrement à la violence.
Porter les choses à bout de bras, seul/e dans son coin, c’est effectivement difficile et épuisant sur le long terme. Des trois rôles du triangle de Karpman***, le sauveur est certes le rôle le plus lourd de tous.
Mais si nous nous y mettons tous/toutes ensemble, si nous répartissons la charge sur plusieurs personnes et pas seulement sur une seule, le fardeau devient moins lourd à porter. Si l’énergie se répartir équitablement dans le système, alors là, le système peut changer et évoluer vers la forme qui sera la plus adaptée à ses besoins du moment.
Notre volonté à nous soustraire des inconforts qui viennent avec l’engagement relationnel véritable est précisément ce qui entretient notre souffrance. Nous entretenons le cycle de la violence de par notre propension naturelle à faire le moins d’efforts possibles. À entretenir et je dirais même prôner l’individualisme, à ne pas vouloir faire un pas de plus pour rencontrer l’autre, s’intéresser à lui/elle pour vrai et tenter de comprendre sa réalité, nous nous tirons dans le pied et entretenons la souffrance en chacun/e de nous.
La vitesse nous fait demeurer en surface, au niveau des apparences, des idées et du mental. Il n’y a que lorsque nous ralentissons et prenons le temps de faire les choses que nous pouvons plonger un peu plus profondément et rencontrer ces précieuses émotions qui sont nos amies et messagères. Qui sont là pour nous renseigner sur nos besoins réels du moment.
Est-ce que pour me détendre un peu et me sentir bien, j’ai besoins d’en voyage à l’autre bout de la planète?
Est-ce que j’ai besoin de m’isoler dans un chalet pendant 1 mois?
Est-ce que j'ai besoin de sortir un peu, rencontrer des gens et me changer les idées?
Est-ce que j'ai besoin d'aller dans une retraite de ressourcement pour me recentrer et me reconnecter?
Ou simplement couper le téléphone et les écrans pendant une semaine en restant bien tranquillement à la maison, avec ma famille?
Quel est le scénario que je peux réellement m’offrir, financièrement parlant, dans ces cinq options?
Quel est le meilleur pour moi ainsi que pour ceux et celles avec qui je suis en relation?
Bref, vous voyez un peu l’idée et le genre d’exercice auquel nous sommes appelés, lorsque vient le temps de changer nos façons de faire ainsi que nos mentalités. Aucun des scénarios proposé n'est meilleur l'un que l'autre. Aucun n'est à rejeter ou privilégier et chacun de ces scénarios peut être le meilleur pour moi dans l'Instant T.
C'est variable et changeant parce que c'est vivant.
Cheminer en conscience c'est créer un équilibre dans nos besoins de connexion.
De connexion à nous-mêmes et de connexion à un environnement avec lequel nous serons toujours en relation. Même si vous décidez d’aller vivre dans une grotte ou le fond d’un bois. Vous devrez sortir de votre grotte pour aller chercher de l’eau. Ou couper un peu du bois tout autour de vous pour vous chauffer et vous éclairer.
Le monde c’est vous, c’est ce que vous faites de celui-ci et comment vous décidez d’entrer en relation avec lui. Ça ne relève pas du monde des idées, de l’intellect, des scénarios et des projections. Ça ne relève pas de l'esprit, ça relève de la vie. Ça relève du vécu et de l’action, de la manière dont nous décidons de nous comporter les uns avec les autres.
Puis oui, on ne se fera pas de cachettes là-dessus non plus. Être en relation les uns avec les autres c’est parfois difficile et exigeant. Ça demande de prendre le temps de s’écouter vraiment, d’apprendre à dialoguer et communiquer autrement. Également d’accepter que l’autre ne verra pas ou ne comprendra pas les choses de la même façon que nous.
Être en relation, c’est apprendre à vivre avec la différence et je dirais même aimer celle-ci.
Mais comme c’est également nécessaire à notre survie, collectivement parlant, cela mérite que nous fassions des efforts et assumions notre part d’inconforts.
❤️🩹
*** Le triangle dramatique ou triangle de Karpman est une figure d'analyse transactionnelle proposée par Stephen Karpman, médecin et psychiatre à l'université de Californie à San Francisco, en 1968. Qui met en évidence un scénario relationnel typique entre victime, persécuteur et sauveur. Le triangle dramatique est à la base des jeux psychologiques qui se jouent entre deux personnes capables de jouer alternativement les trois rôles. (Source: Wikipédia)
📸 Alanguyen sur Pixabay.




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