Quand la réalité dépasse la fiction
- Amrit

- 1 déc. 2025
- 20 min de lecture
Décidément, le cinéma m'inspire ces temps-ci. Après vous avoir fait un clin d'oeil au film Forest Gump dans mon dernier texte, c'est maintenant à un autre classique du cinéma que je m'apprête à référer pour le présent texte. Récemment, les films d'une trilogie très populaire sont passés à la télé et je me suis surprise à les voir d'un tout autre oeil.
Mais avant d'introduire ceux-ci, je vous dresse rapidement la table.
La semaine dernière, j'ai écrit un texte sur Substack au sujet de la réalisation non-duelle versus la philosophie non-duelle, que l'on nomme aussi Advaita. Philosophie qui provient de l'orient. Je mentionnais que ce qui est à la base une philosophie d'ordre spirituelle et existentielle est en train de devenir une idéologie en Europe. Particulièrement en France. Il s'y produit un phénomène depuis quelques décennies, qui fait de la non-dualité une sorte de pré-requis afin de pouvoir avoir droit de parole et de visibilité dans certains milieux et cercles spirituels.
Naturellement, le texte déborde de cette simple affirmation et je vous invite à aller lire mon texte si le sujet vous intéresse ou que mon affirmation vous interpelle. Il est disponible gratuitement. N'en demeurez pas à l'affirmation générale de grâce et allez un peu plus loin que la simple prémisse d'un texte qui s'articule surtout autour de l'axe de la pensée et de l'esprit.
C'est surtout de celles-ci, en général, que le texte traite.
Voici le lien vers ce texte: Chassés-croisés
Lorsqu'il s'agit d'aborder la pensée créative, il faut comprendre que celle-ci est une pensée en arborescence. Où les liens ne se font pas nécessairement dans une suite et un ordre logique. Parce que tout est lié, la pensée en arborescence peut sauter d'un point à l'autre et créer du sens et de la continuité là où la pensée convergente, qui est une pensée linéaire, pragmatique et logique, n'en voit pas à prime abord. Ayant traité dans le texte ci-haut mentionné d'une certaine dérive de la non-dualité, je continue à faire du spin sur cette idée et me servirai maintenant pour illustrer mon propos, de la trilogie des films La Matrice.
D'emblée, je tiens à préciser que je ne suis pas en lutte ou en combat avec tout ce qui touche de près ou de loin à la non-dualité, au contraire. C’est une approche que j’aime beaucoup, une approche qui possède de beaux outils. Si vous consultez mon site web d'ailleurs, il est clairement écrit dans l'onglet des services offerts, que l'outil que j'utilise, le Satsang, se base sur une vision non-duelle.
Pas une philosophie, pas une idéologie mais simplement une vision...
Je ne suis pas une spécialiste de l'Advaita. Je n'utilise pas son vocabulaire, ses images ni même ses postulats de base. Je ne suis pas une adepte des philosophies orientales, même si je les connais bien et que je les aies passablement étudiées. Je ne parle pas de Ramana Maharshi ou Nisargadatta Maharaj dans mes textes et évènements et ne dispense pas leurs enseignements. Parce que ceux-ci ne sont pas en cohérence avec les expériences et le cheminement tel qu'il s'est vécu ici. Je reconnais leur sagesse et le bien-fondé de certains de leurs propos, mais je ne partage pas l'ensemble de leurs conclusions.
Donc cela dit, ce que mes textes visent, c’est d'abord de replacer les mouvements spirituels en cours dans nos sociétés, dans le contexte de l'époque que nous vivons. Ce que peu de gens font lorsqu'il est question de cheminement en Conscience. Il est facile de conclure à « un éveil planétaire », de verser dans toutes les théories entourant cette croyance et de tomber dans la joie ou l'allégresse qui viennent avec cette idée. Mais de prendre un pas de recul et de regarder dans quels contextes sociologique et géo-politique tout ceci prend place, ça peut de gens s'adonnent à cet exercice.
Pourtant, c'est important de le faire parce que, comme vous le verrez dans ce texte, il existe une interdépendance entre toutes choses, qui font que les uns influencent les autres,
Ensuite, ce que je souhaite, c'est ramener la non-dualité, comme vision et compréhension de la réalité, dans de justes perspectives. Tenter de sortir de la récupération dont l'Advaita fait beaucoup l’objet à l’heure actuelle. Parce que les gens confondent l'expérience non-duelle (aussi appelées expérience directe ou expérience de réalité absolue) avec la philosophie du même nom, une récupération des principes généraux et du vocabulaire au soutien de cette philosophie ont lieu. Les concepts, le vocabulaire, les pratiques et même parfois certains rituels sont récupérés et sortis de la tradition et du contexte dans lesquels ils ont pris naissance. Pour être réutilisés un peu à toutes les sauces.
La philosophie non-duelle nous propose une compréhension intellectuelle de la réalité ainsi que du monde phénoménal. Cette philosophie est soutenue par tout un lot de pratiques introspectives et méditatives qui visent à nous permettre de valider par nous-même cette proposition, au moyen d'une expérience directe. Vous pouvez donc vous livrer à ces pratiques afin de tenter de valider la proposition qui vous est faite. Ou bien, vous pouvez vivre une expérience directe de cette nature, sans préparation préalable, pour ensuite un jour tomber sur ce qui est véhiculé par cette philosophie et y voir là, une validation de votre propre expérience.
L'une dans l'autre, ces deux façons de vivre les choses sont bonnes.
Sauf qu'elles ne font pas de vous un expert de la philosophie et de la tradition qui la supporte pour autant...
En outre et particulièrement au 2ème scénario, cela valide uniquement votre expérience personnelle et n'en fait pas une vérité universelle non plus. Vous me direz peut-être que puisque plusieurs personnes partagent cette vision, cela tend à un faire quelque chose de « vrai ». Mais ça, c'est faux. Parce que ce qui fonctionne dans un sens, fonctionne aussi dans l'autre. Vous pouvez donc créer une vérité à partir d'une proposition qui vous est faite, si celle-ci correspond à ce qui est attendu ou souhaité. À partir du moment où nous adhérons à une croyance, c'est ce qui se passe: Nous en faisons notre réalité du moment et expérimenterons en conséquence, ce qui supporte cette croyance.
La philosophie non-duelle est une voie de connaissance. Elle positionne l’individu dans une posture de compréhension intellectuelle, je le répète. Compréhension que l'individu pourra être tenté, d’une façon ou d’une autre, de transmettre quand ce n’est pas de l'imposer, aux autres. Parce que la révélation est grande pour ne pas dire titanesque pour certains, lorsqu’elle provient d’une expérience directe du réel. Du moins, c'est ce que beaucoup véhiculent à l'heure actuelle sur le web. Parce que pour d'autres, peut-être moins nombreux ou simplement plus discrets, la réalisation non-duelle est quelque chose de l'ordre du très ordinaire.
Qui peut même parfois passer presque inaperçue.
La réalisation non-duelle, que certains appellent aussi la Réalisation du Soi, demeure une vitrine très intéressante pour qui veut encore être quelqu’un dans le monde. Cette réalisation, vendue comme un slogan, dans une industrie de plus en plus florissante, permet à celui/celle qui l’utilise de continuer à s’y vendre, et poursuivre une quête qu'il /elle dit avoir pourtant terminé.
Effectivement, il est fort probable que la quête spirituelle soit tombée, mais celle de la recherche d’attention, de visibilité, de reconnaissance et autres désirs propres à la nature humaine, ne l'est pas. Propulsé par quelque chose de situé simplement plus profondément, l'individu se sert d'une expérience spirituelle particulière pour se forger une nouvelle identité: Celle de l'éveillé.
Sans véritable connaissance de soi, des mécanismes, blessures et besoins qui nous habitent tous/toutes comme êtres humains, la non-dualité a la cote actuellement chez toute une jeune génération qui refuse et rejette les façons de faire de nos sociétés. Ainsi que chez une génération baby-boom qui n’est jamais vraiment revenue de Woodstock et s’est enlisée dans les promesses du « nouvel-âge » tant annoncé avec l’avènement de l’ère du Verseau. Désillusionnés d'un monde qui n'est pas celui qu'ils souhaiteraient, soit ils renient l'existence même de celui-ci avec le concept de la maya (tout est rêve), soit ils annoncent à grands renforts de tambours et trompettes, l'avènement d'un nouveau monde.
Qui en passe naturellement par l'accès à un nouvel état de Conscience: Celui de l'éveillé/e.
Comme discours élitiste et sectaire, on a pas trouvé mieux depuis la race aryenne...
De tous les temps dans l'histoire humaine, existe un discours élitiste et flottant dans l'air, sur lequel repose la construction de classes dominantes. Ainsi se construisent les systèmes socio-politiques. De la monarchie au capitalisme, le vocable peut avoir changé et même semblé s'être adoucit ou ouvert, mais en fait, rien ne change et l'humain continue de fonctionner sur des modèles hiérarchiques verticaux. Qui nécessitent la domination de certains sur d'autres. Ce qui, je le pose en hypothèse et non en constat, est peut-être encore aussi nécessaire dans l'ordre des choses actuellement.
Mais si nous revenons à la philosophie non-duelle et à ses effets dans un tel contexte, il est évident qu'elle devient quelque chose de très attrayant. À fuir le réel et amener les gens à croire qu’ils peuvent se « construire » un monde en parallèle ou se dissocier du monde actuel. Pour vivre en petites communautés isolées ou encore, d’une autonomie qui n’existe que dans leur tête. Demeurant rattachés d’une façon ou d’une autre au monde, ne serait-ce que l’utilisation des ressources nécessaires à la constructions de leurs communautés, ou par la sur-utilisation qu’ils font des réseaux sociaux et autres outils technologiques pour se vendre et se mettre à l'avant-plan, ils deviennent des sortes de parasites du système, mais ils ne s'extraient de rien du tout.
Ils tentent simplement de construire un nouveau système qui les arrange et leur convient.
Sauf que, comme nous le verrons un peu plus loin, rien ne change réellement dans leurs façons de faire les choses, parce que le discours élitiste sur lequel repose cette non-dualité, est la source même du problème que ces gens tentent de combattre.
En fait, c’est exactement comme les films La Matrice et c'est là que j'arrive avec cette trilogie, qui est une formidable allégorie du cheminement spirituel.
Dans ces films, vous voyez des gens s’extraire d’une matrice.
Mais où vivent ces gens?
Au cœur même du monde des machines, dans les sous-sols et les profondeurs du monde qu’ils combattent. Depuis un monde extérieur qui n’existe pas réellement, puisqu’il a été détruit par une apocalypse technologique. C’est un combat voué à l’échec où l’on finit par s’apercevoir que « l’élu » n’est pas vraiment un élu, mais lui aussi un agent du système. Là pour assurer le maintien d’un certain équilibre, dans un cycle de création et de destruction que les machines ont compris comme étant inévitable, dès que nous traitons avec la nature humaine.
On peut voir, au fur et à mesure que la trilogie avance que les deux mondes se superposent et se chevauchent. Que Neo devient apte à agir sur les machines à l’extérieur de la matrice. Tout comme le vilain agent Smith, qui réussit à s’immiscer dans le monde dit réel, via l’esprit d’un humain pourtant émancipé du système.
Dans les films, on finit par comprendre que comme l’humain a créé la machine, c’est avec lui-même qu’il combat finalement.
Et bien, c'est la même chose dans la vie: Parce que l’humain crée le monde, c’est avec lui-même qu’il combat.
Lorsqu’il est question de cheminement spirituel et de ce qui est appelé « l'éveil », il existe un vieil adage Zen:
Avant l'éveil, couper du bois, porter de l'eau. Après l'éveil, couper du bois, porter de l'eau.
Cela veut dire que la vie et le monde ne changent pas, c’est notre regard sur celui-ci qui change. Nous demeurons ce que nous sommes, mais devenons plus en paix avec ce que nous sommes. Ce faisant, nous le devenons aussi avec le monde. Un équilibre se produit graduellement et naturellement entre les peurs et les désirs que nous avions et que nous projetions dans le monde ET la réalité de ce monde, telle qu’elle est.
C’est l’absence de lutte et de résistance entre ces 2 aspects qui apporte la paix intérieure.
Pour avoir effectué passablement d’accompagnements individuels et de groupe au cours de la dernière décennie, j’ai constaté que les gens qui cheminent « spirituellement parlant », sont souvent en lutte et en résistance avec la façon dont fonctionne le monde et cherchent, d’une manière ou d’une autre, à s’extraire d’un système qui ne leur convient pas ou plus.
Cette lutte a plusieurs raisons et origines, c’est évident. Mais elle vient, entre autres, du fait de vouloir y être vu/e et reconnu/e et de ne pas y parvenir aussi rapidement qu'ils le souhaiteraient. Parfois aussi, c'est de ne pas être en mesure de réaliser les rêves qu'ils portent tout au fond d'eux.
Les gens veulent briller.
On entend beaucoup cela d'ailleurs: D'incarner sa lumière et de ne pas avoir peur de briller.
Mais lorsque nous désirons briller, c'est pour qui? Ou pourquoi?
Pour être vu, remarqué ou reconnu par les autres, toujours.
Et on entend très peu parler du fait de vouloir éclairer ou rayonner. Termes qui sont beaucoup plus évocateurs du fait de vouloir se tourner vers autrui de façon plus altruiste ou d'être bien avec soi-même de façon à ce que notre bonheur ou notre bien-être ait des retombées positives autour de nous.
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Entre la poursuite de nos rêves et désirs ou le besoin de demeurer fidèle à ce que nous sommes et à nos valeurs, existe une lutte et un combat chez tout être humain.
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Nous croyons que c’est un combat entre la tête et le cœur, mais en fait, c’est un combat entre le ventre et le cœur. Entre le mémoriel profondément enfoui en nous et l’âme, qui tente d’honorer cette mémoire, au meilleur de ses capacités.
Cette mémoire, elle est nôtre bien sûr, elle est cette histoire de vie que nous portons là, tout à l’intérieur. Mais elle est aussi familiale, transgénérationnelle et même collective. D'où l'importance de voir dans quel contexte général au niveau social prend place notre fameux éveil de Conscience.
Tant que tous ces aspects n’ont pas été visités et que le mémoriel profond n’a pas été rencontré, nous pouvons nous imaginer et même nous « autoproclamer » éveillé/e ou illuminé/e. Mais c’est une chimère, une histoire et un rêve de plus, qui nous garde là où nous désirons demeurer planqué: Dans notre tête.
Parce que de demeurer là, nous évite d’avoir à vivre et habiter nos profondeurs.
Dans la trilogie de La Matrice, Neo et ses amis n’améliorent pas leur sort en prenant la fameuse pilule rouge.
Au contraire. Ils doivent quitter le confort offert par la matrice.
Neo n’est pas un porteur de bonnes nouvelles pour Sion, non. Il doit un jour les informer que l’élu n’est pas celui qu’ils croyaient être.
Et chacun réalise à la fin, que leur « combat » ne se terminera jamais vraiment…
Parce que celui-ci est représentatif de celui que l’humain mène continuellement avec ses émotions et son mémoriel. Hanté par un passé qui lui est partiellement voilé et en proie à des émotions messagères dont il ne comprend pas la signification, l’humain lutte continuellement contre lui-même, d’abord et avant tout.
Mais comme cette lutte l’épuise et gruge toute son énergie, il préfère remonter dans sa tête, là où il peut utiliser son énergie autrement et devenir créateur de son monde.
Après l'éveil, c'est l'étape subséquente dans le narratif de l'éveillé/e: Celui du créateur-manifesteur.
Convertissant sa charge vitale et émotionnelle en charge mentale, l’humain croit améliorer son sort parce qu’il ressent moins les tensions et la souffrance qui l’habite et acquiert en outre, le sentiment de demeurer en contrôle de sa vie.
Mais ce n’est pas la réalité. C’est une fuite et un déni de la réalité. Qui ne l’amène pas à de réelles potentialités créatives qui sont bonnes pour lui et contributives à son bonheur et son épanouissement.
Il réalisera peut-être certains de ses rêves et désirs. Mais il réalisera rapidement que ceux-ci ne lui apporte qu’une illusion de bonheur. Quelque chose de fugace qui très rapidement le placera dans un nouvel état de tension et de quête… d’un autre rêve ou désir.
On peut cheminer à travers la poursuite des rêves et des désirs, je ne prétends pas le contraire. Certains doivent être vécus et actualisés. Mais pas tous. L'utilité du principe de l'intelligence, est de savoir discerner ceux qui se doivent de l'être de ceux qui ne mènent nul part.
Ce que je tente de véhiculer par là, c’est que la poursuite des rêves doit faire preuve de beaucoup de discernement. Aussi, que ce n’est pas nécessairement la meilleure façon d’utiliser et de maximiser son énergie, dans un monde qui stimule continuellement de nouveaux désirs et de nouveaux rêves via la fabrication d'images, la publicité et la consommation.
Ce que je tente de partager également, c’est que plus vous rencontrez le mémoriel profond, plus vous réalisez que l’éveil, l’illumination et la matrice n’existent pas eux non plus. Ils sont des « agents du système », des produits de votre mental, qui contribuent à entretenir les rêves, les désirs et la création de personnages, qui ne vous apporteront pas plus de bonheur que tout le reste. Une quête demeure une quête et elles créent toutes un état de tension qui ne trouvera pas d'accalmie tant et aussi longtemps que l'objet de désir n'aura pas été obtenu ou rencontré. Or, si l'idée n'est pas de mettre fin à toute tension, ce qui ça aussi relève de l'illusion, c'est de trouver la tension juste dont il est question ici. Celle qui créer un équilibre intérieur dans la circulation et la conversion des énergies.
Utilisée à bon escient, l’imagination et la créativité débordante de l'esprit humain lui permettra de créer de la beauté, d’accéder à une réelle connaissance ainsi que de participer à de la guérison.
Pour lui d’abord et subsidiairement pour les autres peut-être.
Mais utilisée à mauvais escient, elles maintiennent l'humain captif d’histoires et de scénarios qui ne déboucherons pas sur grand chose. Ou qui le conduiront simplement à créer de manière à rendre sa vie plus confortable, fuir sa souffrance et entretenir un devenir qu’il continuera de projeter dans le monde.
L’âme c’est de la mémoire qui cherche à se rencontrer, s’actualiser et s’honorer.
Quant à l’esprit, c’est la conjugaison du mental et de l’intellect; de l’intelligence.
Pour pouvoir utiliser le principe de l’intelligence à bon escient, il faut d’abord épurer le mental des croyances qui le limite. Ensuite il faut le vider du mémoriel qui alourdit l’âme et nous prive d'un apport substantiel d'énergie qui demeure stockée dans les centres inférieurs. Lorsque nous parlons d'éveil de Kundalini, c'est de cela que nous parlons. Nous parlons de l'énergie dormante et latente dans les centres inférieures. Celle qui provient du mémoriel inconscient, des peurs et autres émotions refoulées plus profondément.
Ce que certains appellent l'éveil, ce n'est pas quelque chose qui vous rend spécial, différent, supérieur ou fait de vous un/e élu, à la Neo. C'est un processus inhérent à la vie, qui inclut toutes les dimensions de l’être et pas seulement celles qui reposent sur l’esprit et/ou la Conscience. Esprit et Conscience sont généralement abordés comme un seul et même concept par beaucoup de gens qui propagent du contenu à caractère spirituel sur les réseaux ou qui sont accompagnants dans le domaine.
La Conscience chapeaute l’ensemble de notre expérience humaine, ce qui inclut les aspects manifestés, grossiers, matériels et phénoménaux, ainsi que les aspects plus subtils, non manifestés et inconscients. On la positionne comme l'élément ultime à rencontrer et reconnaître, l'élément auquel s'identifier, mais c'est faux.
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Nous sommes une multitude de dimensions à rencontrer.
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Or, il n'y a aucune de celles-ci en particulier à laquelle nous pouvons nous identifier, pas même la Conscience.
Parce que cela présume que nous ne serions plus inconscients, et ça, c'est d'une prétention mes amis...
Nous tendons vers le fait de devenir plus conscient et cette quête là, elle ne se termine jamais réellement. C'est elle qui nous garde en vie et créer une tension juste qui nous porte non pas vers le devenir mais vers le fait d'être pleinement Présent au Maintenant. Permettant de laisser se dévoiler ce qui peut être conscientisé et le réunir en nous. Apprendre aussi. Apprendre à faire cohabiter plusieurs dimensions et facettes de nous-mêmes et leur permettre de s'exprimer avec le plus de justesse et de cohérence possible.
Cette démarche de rencontre avec votre réalité intérieure et votre intimité ne change pas le monde, elle vous change vous. C'est en outre un processus de dépouillement et de déploiement qui s'échelonne tout le long de la vie.
Certaines étapes déterminantes sont rencontrées certes, mais l'approfondissement lui est dans fin.
C’est d’ailleurs ce que nous enseigne essentiellement la trilogie de La Matrice. Ces films ne nous présentent pas un monde meilleur ou transformé à l’issu de ceux-ci. Ils nous présentent des gens aptes à voir et agir différemment sur le monde tel qu’il est représenté dans le film. Sur le long terme, c'est ça qui change le monde. Le monde change et se transforme parce que l'humain fait de même et qu'il actualise ensuite ces changements à travers ses actes créateurs. Mais l'un suit l'autre et on ne peut changer l'ordre dans lequel les choses se font. Nous ne pouvons changer le monde. Le monde changera parce que NOUS, nous changeons. Il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans, c'est ainsi que la nature a toujours procédé.
En étant plus paisible et accueillant, nous devenons aptes à être plus souple et adaptatifs. Plus libre, fluide et créatif dans nos façons d’être et de faire aussi. Parce que nous comprenons comment fonctionne le monde, nous pouvons comprendre ce qui motive et pousse le gens à agir. En principe cela devrait nous amener à être plus compatissants envers les gens et non vouloir continuer à les dominer ou les orienter.
La non-dualité c’est une très belle approche spirituelle, mais c’est aussi une approche complexe, parce que le réel ne peut s'appréhender intellectuellement parlant. La non-dualité tente d'exprimer au moyens de mots et de concepts, quelque chose qui s'appréhende au moyen d'une expérience directe, qui ne peut réellement se traduire. Ce sera toujours le Silence qui demeurera le véhicule d'expression le plus éloquent de l'expérience de réalité absolue. C'est pourquoi ce sont ses techniques d'introspection qui sont intéressantes et non pas ses constats ou toutes les élucubrations intellectuelles dont elle fait l'objet à l'heure actuelle. Les techniques offertes par cette approche visent à vous permettre d'expérimenter par vous-même, ce qu'elle tente de véhiculer en mots. Mais qui dit proposition dit aussi possibilité de valider ou d'invalider. Il est donc possible aussi que vous en veniez à des constats qui sont différents de ceux proposés par la philosophie non-duelle.
Et ça, c'est ok aussi.
Perso, je suis loin de partager tous les constats transmis par cette approche et c'est pourquoi si je suis encline à utiliser certains de ses outils, je ne partagerai jamais cette philosophie, telle que les sages de l'orient dont elle provient l'ont enseignée. De moins, pas à la façon dont elle se véhicule depuis le dernier siècle.
Comme toute approche qui en passe par la connaissance et la compréhension, la non-dualité comporte plusieurs dérives potentielles si elle n’est pas bien enseignée. Pas parce que la philosophie est problématique. Mais en raison des tendances de l'humain à la récupération des idées pour en faire des idéologies qui lui servent tout autant qu'elles le confortent.
Idéologie: Ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe. - Dictionnaire Le Robert
En ce moment, beaucoup de gens se disent et/ou s'improvisent non-dualistes. Ce qui fait que les propositions d’accompagnements ou de Satsangs se multiplient. Moins ici au Québec ou c’est plutôt l’inverse. Cet exercice d’introspection particulier intéressent moins les gens, et ceux qui s'y intéressent, le font à la manière et selon les paramètres des européens, qu'ils suivent sur différents réseaux et plateformes.
Mais en Europe, le ton est donné depuis plusieurs années. Une pseudo-élite spirituelle ouvre ou ferme les portes de qui a accès à la parole ou la visibilité, lorsqu'il est questions de transmettre cette approche. Il faut savoir utiliser le vocabulaire, avoir lu les sages de l'orient et vécu son cheminement spirituel d'une façon spécifique.
Façon que je n'ai personnellement pas encore vraiment comprise tant elle est brumeuse.
Une cliente qui est déjà venue à un de mes Satsangs au cours des dernières années, m'a même parlé d'un réseau existant en France: Le réseau des illuminés. Je ne sais pas s'ils se sont donnés ce nom ou si ce nom leur a été donné par ceux/celles qui les suivent, mais il y a définitivement des groupes qui se sont formés autour de la non-dualité.
Or, qui dit groupe dit règles. Règles d'inclusion, règles d'exclusion. Règles formelles et informelles. C'est à cela que servent les groupes: À réunir les gens autour d'idées et/ou d'intérêts communs. À se structurer aussi. De manière à véhiculer leurs idées ou faire connaître leurs activités
Autre anecdote: Je me rappelle d'une vidéo, vue il y a 4 ou 5 ans de cela, sur YouTube. Une personne bien en vue en France y donnais une entrevue. Cette personne était connue à l'époque comme organisateur d'évènements à caractère spirituel. Je ne sais pas ce qu'est devenu cet individu parce que je ne regarde plus ce genre de trucs, mais je me souviens de l'avoir entendu mentionner qu'au fil des ans, pour avoir rencontré plusieurs « éveillés/e/s », certains étaient des « vrais », pour employer son expression, et d'autres non . Il ne mentionnait pas malheureusement dans l'entrevue quels étaient ses paramètres d'évaluation du statut de l'éveillé/e.
Mais je me souviens très bien du profond inconfort ressenti, à la vision de cette posture d'autorité dans laquelle cet organisateur se positionnait. Comme ze décideur des conditions et paramètres en ce qui concerne l'éveil. Ça, c'est un exemple parmi tant d'autres vus au cours des dernières années pour vous illustrer ce qu'on peut faire d'un concept lorsque nous en demeurons à l'aspect intellectuel de celui-ci. Comment le mental peut récupérer les choses et à quel point tout ça peut devenir élitiste et même sectaire.
L'humain fait ça tout le temps, sans même s'en apercevoir tellement s'est ancré profond dans ses conditionnements. Alors, l'idée n'est pas d'en juger ou de condamner personne, non. C'est inconscient! Comment peut-on rendre quelqu'un responsable de quelque chose qu'il ne voit pas? Tout ce que nous pouvons faire, c'est de le pointer et le nommer. Ensuite, le reste, comment les gens le percevront, le comprendront, y réagiront ou ce qu'ils en feront... C'est hors de notre contrôle.
Mais tout de même. C'est de l'ensemble de ce genre de comportements bien normaux et humains, soit dit en passant, qu'on voit tout de suite à quel point la non-dualité a été récupérée par l'esprit, au détriment de l'âme et de la globalité de l'Être. Fidèle aux modèles patriarcal et impérialiste en place, qui fait prédominer l'esprit et l'intellect sur tout autre principe, la non-dualité dérive dans une ère où l'humain court directement à sa propre perte, tel qu'évoqué dans La Matrice.
Le développement de plus en plus rapide et exponentiel de la technologie, l'avènement de l'IA, tout est là et se met en place pour que le scénario de La Matrice se concrétise lentement mais sûrement. Certainement pas de la même manière et à la même hauteur, mais dans une direction qui ressemblera vaguement à ça.
Est-ce une bonne chose ou non?
Je n’ai pas de réponse à cette question.
Un/e non-dualiste à la sauce new age vous dirait probablement que dans l'Absolu tout est parfait.
Mais non, ce n'est pas cela la non-dualité.
La non-dualité reconnaît qu'il existe du bien et du mal, du vrai et du faux. Les deux sont nécessaires à l'équilibre de l'Univers.
Ce que la non-dualité enseigne, c'est à discerner les deux et à ne pas se perdre dans les scénarios fomentés par les uns comme par les autres.
De ramener de l'équilibre, du juste milieu ainsi que de la nuance dans le réel. L'humain est créateur, il crée du bon et du mauvais. Mais comme l'Univers est un circuit fermé où rien ne se perd et rien ne se créer véritablement, si l'équilibre est là et qu'il demeure, tout va. Mais lorsque le déséquilibre prédomine, tout part en couille.
On efface et on recommence.
Dans l'Absolu comme dans le relatif, c'est ainsi que ça fonctionne.
Cela dit, je ne vous cacherai pas que de la manière dont évoluent les choses, lorsqu'il est question de cet outil qu'est le Satsang, que j'offrais moi-même jusqu'à récemment, la situation observée en Europe ainsi que ce que j'ai vu au Québec pour les quelques adeptes de cette pratique, m’a suffisamment interpellée pour que je cesse d’en organiser et d'en mettre à l'horaire. J'ai choisi de laisser la vie orienter la direction que doit prendre cette pratique. Parce que même si je persiste à croire qu'elle peut être un formidable outil pour apprendre à écouter correctement, elle peut aussi devenir le lieu où se créent beaucoup de nouvelles histoires spirituelles. C'est ce que j'ai vu au cours des 2 dernières années. J'ai passé pas mal de temps à recadrer les croyances que les gens ont acquises de cette pratique ailleurs. Malheureusement, ce n'est pas le but de cette pratique. Et de la façon dont elle s'oriente à l'heure actuelle, je crains qu'elle ne finisse par perdre toute la belle utilité et toute la crédibilité qu'elle a déjà eu.
C'est dommage parce que cette pratique n'est pas qu'issue de l'Advaita. Elle est pratiquée par les philosophies du yoga, ainsi que dans d'autres philosophies ou doctrines spirituelles. Qui la nomment simplement autrement. Les cercles de partage et de sagesse, ce sont des pratiques immémoriales qui visaient à transmettre l'expérience et le bagage de vie, tout autant que des enseignements à caractère spirituel.
Réunir la Vérité en Soi (ce que signifie le terme Satsang), c'est d'abord une affaire d'écoute et ensuite une affaire de partage et de dialogue. Bien plus que le fait de transmettre une idéologie particulière ou de répéter des phrases toutes faites entendues ou prises ailleurs. Cela ne consiste pas non plus qu'à se faire réconforter ou valider. Cela implique aussi souvent d'être dérangé ou bousculé.
Mais, quoiqu'il en soit, je crois que dans l'état actuel des choses, le plus sage est de laisser aller les choses au bout de leur course et c'est pourquoi, je procède seulement sur invitation maintenant. Lorsque j'ai de la demande pour cet exercice, je m’y commets avec la même joie que je l’ai toujours fait. Sinon, je ne suis pas inquiète, parce que je vois bien que la vie sait toujours me guider vers ce qui est le meilleur et le plus propice à mon bonheur et mon épanouissement.
***
Conclusion
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La non-dualité c'est l'apogée du règne de la connaissance.
Une apogée qui doit entrainer son déclin.
La véritable connaissance ouvre sur un Mystère, quelque chose qui est au-delà de ce que nous pouvons en comprendre, mais auquel nous devons nous abandonner. La non-dualité, ultimement, amène à un basculement dans le non-savoir et le non-être.
Mais, encore là, il faut savoir clairement expliquer aux gens ce qu'est le non-être. Ce qui n'est pas le cas en ce moment, là non plus. Le « il n'y a personne » est récupéré d'une façon telle qu'elle ne fait que faire grandir l'individualisme et le je m'en foutisme croissant dans lequel s'enlise l'humain.
L'humain est un être polarisé, qui aime à passer d'un extrême à l'autre. C'est ce que nous enseigne aussi la trilogie de La Matrice.
Création et destruction.
Ainsi procède la nature. Or, l'humain est un produit de la nature.
Les problèmes commencent lorsqu'il croit qu'il est Dieu.
Amrit




Merci pour ce partage, l'humain n'aime pas le vide, en voulant faire ce vide il se remplit d'autres choses à son insus, l'histoire nous le démontre bien et pour certain ça ne s'améliore pas. On se fait toujours un peu attrapper , savoir que l'on peut y échapper me semble bien rassurant pour ma part. Au train ou vont les évênements, l'indivitualité et le je m'en foutisme va peux-être en prendre pour son rhume va savoir. Cette vie est remplies de surprises belles ou pas, toujours agréable de te lire chère Amrit.