Vouloir aider ne suffit pas
- Amrit

- il y a 2 jours
- 19 min de lecture
Il y a un bon moment que je ne suis pas venue alimenter cet espace de blog. Pour ceux/celles qui tomberaient sur ce texte, sans réellement connaître ce qui se véhicule et se partage ici, sachez que je partage régulièrement par écrit, mais via la plateforme Substack. Vous pouvez, de façon gratuite ou payante, recevoir d'avantage de textes et publications en cliquant sur le lien créé à partir du nom de la plateforme.
Un mouvement majeur opère ici depuis quelques mois. En fait, depuis le décès de ma mère. Un mouvement qui me fait prendre un pas de recul majeur à l'égard de mes activités actuellement. Lentement mais sûrement, les choses s'affinent et se précisent. Parce que des évidences prennent place et qu'avec celles-ci, viennent des actions. Pour le moment, je ne sens pas encore le besoin de me retirer d'une ou plusieurs de celles-ci. Mais chose certaine, promouvoir celles-ci dans le contexte actuel de ce qui est à se jouer dans les milieux du mieux-être, du développement personnel et de la spiritualité me parle de moins en moins. Si avant je pouvais voir que je n'étais pas très bonne lorsque venait le temps de « me vendre » et que j'avais sûrement encore beaucoup de choses à apprendre sur ce terrain, actuellement c'est l'idée même de continuer à « me vendre » qui est en train de s'effondrer.
Hormis mes textes sur Substack et les activités que j'offre à mes abonnés payants sur cette plateforme, je sens de moins en moins l'élan de faire la promotion de mes activités. Se faisant, ce sont ces activités elles-mêmes que je dois maintenant regarder plus attentivement.
Est-ce toujours pertinent de les offrir?
Parce qu'une évidence se présente maintenant, d'une manière qui exige mon attention différemment.
L'évidence dont j'ai envie de vous parler aujourd'hui, c'est celle qui décore le titre du présent texte: Vouloir aider ne suffit pas.
Pour illustrer ce que j’entends par là, j’utiliserai une anecdote.
Ce weekend, au sortir d’une vidéo sur YouTube au sujet d’une technique artistique que je voulais explorer, l’algorithme me propose une vidéo d’un type qui fait des partages et accompagnements en non-dualité. Le titre de sa vidéo fait référence au fait d’avoir réalisé sa véritable nature et d’être quand même malheureux. Intriguée, je décide d’aller visionner sa vidéo, qui est finalement un très beau partage. Rempli d’humilité et de sincérité.
Alors que la vidéo achève, je vois t'y pas, comme on dit en bon québécois, le premier commentaire sous celle-ci. Un commentaire classique d’un individu qui s’empresse de conclure que cet homme n’a pas réalisé le Soi et qu’il ne devrait pas offrir des services d’accompagnement. Ce commentateur se questionne même de ce que Maharshi et Nisargadatta penseraient de tout ceci.
Commentaire classique quoi, quand on se frotte à l’élite non-duelle francophone.
Ce qui m’amène à vous dresser la table sur mon propos, ce n’est pas ça. Parce que de ça, j'ai déjà traité abondamment. Non, ce sont les réponses et échanges bienveillants que ce créateur de contenu a tenté d’avoir avec l’individu qui a écrit ce commentaire.
En vain.
Toutes ses belles tentatives de vouloir créer du lien avec la personne, tout en respectant son point de vue, n’ont absolument rien donné. Je dirais même que c’était pire. Plus le créateur de contenu tentait d’être compréhensif et gentil, plus les réponses se faisaient tranchantes et sans appel.
Vouloir être gentil, aidant ou compréhensif ne suffit pas.
J’en traitais dans mon dernier texte dédié aux abonnés payants sur mon Substack (vous pouvez accéder à ce texte en cliquant sur ce lien) :
« … la question de la réalisation de sa Véritable Nature ne change pas ce que nous sommes comme humain. Ça ne change pas d’un seul iota toutes nos tendance lourdes, les comportements qui continuent de créer de la séparation et tout ce qui entretient ce que nous jugeons négatif en ce monde. La Réalisation du Soi ne fait pas de vous une meilleure personne. Parce que c’est l’idée même de la personne qui passe au tordeur. Reste alors tout ce que cette fiction a construit et nourrit au fil des ans au sein de l’organisme auquel elle s’est identifiée. L’idée de l’être qui est maintenant au-delà de l’identité, c’est juste une grosse mise en scène qui continue de se jouer pour pour faire croire aux gens que les questions d’éveil et de réalisation du Soi sont une sorte de remède miracle qui règlerait tout, d’un coup de baguette magique. »
D’ailleurs, c’est précisément ce que tentait de démystifier le créateur de contenu avec sa vidéo.
Cette vidéo m’a ramené « back in the days ».
À cette époque où je me suis prise à ce jeu-là, moi aussi. De commenter les vidéos et textes des autres. De m’outrer de certains comportements que je voyais se jouer sur les réseaux, de la part de gens se disant « éveillés » ou « réalisés ». Des comportements qui pour moi étaient dignes de la cour d’école. Je ne pouvais pas comprendre que des gens qui se disent dans la joie, la paix et le bonheur continuent de se basher les uns et les autres. Que les commentaires sous les textes et vidéos dérapent en petites joutes personnelles où il est question de savoir qui est le/la plus éveillé/e des 2. Quand ce n'est pas des 3, 4 ou 5 autres qui se joignaient à la joute. Parce que de mon côté, cette dynamique quant à savoir qui a raison et qui a tort, est pas mal tombée avec l'éveil de Kundalini.
Mais peut-être que cela n'avait rien à voir et que ça s'est seulement étiolé tout doucement en quittant le domaine juridique.
Bref...
Je me suis souvenue aussi de conversations que j’ai eues avec certaines personnes où il était question que « untel » avait réalisé le Soi et « tel autre » non. Je me suis souvenue de mes interventions malhabiles à vouloir partager et échanger avec d’autres personnes du milieu, sur les réseaux, à partir d’espaces qui finalement, n’étaient pas du tout dans l’accueil et l’ouverture DE PART ET D’AUTRE. Des projections émotionnelles ou d'intentions que j'ai reçues ainsi que de celles que j'ai moi-même projetées sur les autres.
J'ai aussi revue toutes les croyances que j’ai alimentées sur ce que DEVRAIT être l’éveil et/ou les questions de réalisation non-duelle. Toutes les histoires que je me suis racontées ainsi que celles que j’ai écoutées et auxquelles j’ai accordées du crédit.
Mais surtout, je me suis souvenue à quel point j’ai tenté pendant peut-être trop longtemps, comme je l’avais toujours fait d’ailleurs dans d’autres milieux avant, d’écouter patiemment, d’être gentille, de continuer à me dire que j’avais tout à apprendre.
Parce que pour moi, ça aussi ça toujours été très clair: Nous sommes toujours en apprentissage.
Cependant, je sais aussi que ce n'est pas parce que nous sommes en apprentissage, que nous n'avons pas également quelque chose à offrir. Des talents particuliers, une vision, un art, un outil ou simplement un bagage de vie. Sauf que même si je sais cela, la posture dans laquelle je tentais de me maintenir, une posture d'ouverture et de curiosité, m’empêchait de voir tout ce que je pouvais offrir de mon côté. En outre, elle a fini, avec le temps, par m'empêcher de mettre mes limites lorsque je faisais face à ces comportements abusifs que l'on voit se jouer quotidiennement sur les réseaux. Au sein même d'un milieu qui prône pourtant toute autre chose face à sa clientèle ou ses followers.
C'est alors qu'un questionnement a commencé à grandir en moi. Je me demandais sans cesse comment ces gens peuvent-ils réussir à vendre quelque chose qu'ils ne sont pas en mesure de mettre en application eux-mêmes?
Jusqu'à ce que je vois.
En vendant une image.
L'image de ce que les gens s'attendent à trouver chez une personne dite « spirituelle ».
Cela dit, ce que j'ai vu se jouer là, il a bien fallu que je l'observe dans mes propres comportements, ma propre façon de véhiculer et partager les choses. Est-ce que moi aussi je participais à cela? D'une certaine manière oui, bien sûr Parce que je demeurais dans une posture de connaissance. D'être celle qui est là pour permettre aux gens d'accéder à une certaine forme de compréhension. Et même si la non-dualité est quelque chose que j'ai décrié quant à ce qu'elle produit comme type d'enseignants, elle demeure quelque chose de chère à mon coeur.
En celle-ci j'y vois de très beaux outils ainsi que l'ouverture à un nouveau regard. Un regard qui doit prendre place un jour ou l'autre en chacun/e de nous. Malgré tout, il m'a fallu aussi le constater: La non-dualité par sa volonté à sortir les gens de l'ignorance, maintient sa clientèle et ses adeptes dans celle-ci. Parce qu'elle garde le chercheur dans le rôle du disciple, de l’élève. Et incidemment, toute la hiérarchie qui vient quand il y en a un/e qui sait et l’autre qui ne sait pas.
C'est ce que nous pouvons voir de celle-ci sur les réseaux. Des discussions à ne plus finir sur la nature de la conscience, l'éveil, la réalisation du Soi, l'interprétation sans cesse réinventée de tout ce que les sages de l'orient nous ont appris sur le sujet. Les uns s'extasient devant le génie de certaines interprétations alors que les autres descendent aux enfers ceux qui changent une virgule de place. Dans un discours répété et remâché depuis maintenant plus de 75 ans, par une poignée de figures marquantes de l'Advaita Vedanta et toutes les déclinaisons plus modernes qui en ont suivi. On se perd dans les méandres d'explications qui sont ensuite récupérées par un mental qui continue à ruminer sur tout ça encore et encore.
Jusqu'à ce que le court-circuit neuronal arrive de lui-même et que vous réalisiez la futilité de cet exercice. Un jour ça bloque et il y a quelque chose en vous qui ne veut plus participer à ça. Je dirais même plus. Il y a quelque chose en vous qui expulse toutes ces informations de votre mental et les fait carrément disparaître.
Parce que ça ne veut plus comprendre. Ça veut vivre.
Lorsque vous réalisez qu’il n’y a rien à comprendre, tout ça, ça lâche et la non-dualité ne fait plus aucun sens.
C’est alors que vous réalisez que l’éveil et la réalisation du Soi appartiennent à ceux/celles qui CROIENT.
Qui croient encore en quelque chose.
Ou qui croient avoir compris quelque chose.
Les choses ont commencé à changer lorsque je me suis un peu éloignée de tout ça et que j’ai commencé à écouter plus attentivement mon entourage. Les gens qui me connaissent vraiment ou depuis longtemps. Pas ceux qui pensent me connaître sur la simple lecture de quelques textes ou le visionnement d’une ou deux vidéos. Ou ceux/celles qui se disent tes amis à partir de quelques échanges sur les réseaux ou deux rencontres autour d’un café.
Je me suis mise à être plus attentive au reflet que m’ont envoyé certaines personnes bienveillantes autour de moi. De leurs critiques ainsi que de leurs encouragements en regard du contenu que je créer ou des services que j’offre.
Je me souviens particulièrement d’une amie, qui m’a avoué un jour, avoir suggéré mon nom à quelqu’un du milieu ici au Québec. Quelqu’un qui à l’époque faisait des entretiens et vidéos avec ceux/celles qui partagent sur les questions d’éveil et de réalisation de notre véritable nature. L’absence d’intérêt de cette personne l’avait beaucoup attristée et elle ne comprenait pas pourquoi cette personne n’avait pas au moins donné suite à son message. Ne serait-ce que pour la remercier de la suggestion. Elle avait hésité à m’en parler parce qu’elle craignait que cela me fasse de la peine à moi aussi. Ce qui a été le cas effectivement. J'ai eu beaucoup de chagrin pendant un bon moment de voir que mon propos n'intéressait personne dans ce réseau, qui je l'ai su plus tard par une cliente, a même un nom: Le réseau des éveillés.
Non mais quand même...
C'est ironique parce que c'est cette amie qui m'a fait découvrir ces gens-là. Jusque là, moi je faisais ma petite affaire dans mon coin à Rouyn-Noranda, sans trop me poser de questions. Elle me fait donc découvrir une foule de gens, du Québec et de la France et je vois que plusieurs d'entre eux partagent des expériences qui s'apparentent drôlement à ce que je vis depuis quand même plusieurs années. Non seulement cela emporte un certain soulagement de me dire que je suis pas la seule, mais en outre aussi la joie de faire de nouvelles rencontres ainsi que de créer du lien. Mais bon, bref, je reviendrai pas sur cet épisode-là pour en refaire le tour. Simplement pour dire qu'étant de plus en plus en contact avec ma sensibilité, oui, j'ai été profondément heurtée par l'indifférence, le manque de bienveillance ainsi que sur certains comportements carrément abusifs que j'y ai rencontrés.
En m'éloignant de tout ça, les différents reflets des proches et ami/e/s mais aussi de la clientèle, ont fait que lentement mais sûrement, je suis revenue en moi-même. Revenue à l’essence de ce qui m’anime quand je partage sur ces sujets. Pour voir finalement, qu’il était temps que je cesse de me livrer à ce genre d’exercice sur les réseaux, qui consiste à vouloir échanger « entre gens éveillés ». Parce que j’ai bien vu que c’était exactement comme se retrouver avec une poignée de juges et d’avocats dans un 5 à 7. Poli et respectueux la plupart du temps, tout autant que sans pitié quand vient le temps de savoir qui pisse le plus loin.
Mais il me fallait prendre une pause des réseaux. Parce que le manque de bienveillance que j'y voyais, continuait de m'indisposer et de m'attrister. Je devais me désensibiliser de tout ce que j'y vois en termes d'incohérences également. Je ne l'ai pas fait parce que je croyais que ma façon d'y réagir devait changer. Non, au contraire. Je l'ai fait pour prendre soin de ça.
Pour prendre soin de cette sensibilité, qui demeure mon meilleur détecteur à bullshit et autres comportements abusifs.
Partager, échanger et d’une façon générale entrer en relation avec les gens sert à créer du lien. Pas à savoir qui a raison et qui a tort. Tant que c’est cette dynamique qui vous anime, ne vous demandez pas pourquoi vous avez de la difficulté à entrer en relation ou à maintenir les relations que vous tentez de tisser.
Personne ne se sent en sécurité dans une dynamique de ce genre.
Surtout pas ceux/celles qui aiment à l’entretenir…
Parce que ceux/celles qui s'adonnent à ce petit jeu, je la connais bien leur dynamique. C'est une dynamique qui m'a longtemps habitée. Une dynamique où nous finissons par banaliser la violence, les abus, les manques de bienveillances et autres comportements de marde, parce que nous en avons trop longtemps fait l'objet. Lorsque la violence commence à habiter notre quotidien tôt dans la vie, nous finissons par nous dire que c'est comme ça et tentons de nous en faire une bonne amie. C'est le syndrôme de Stockholm 2.0, où nous finissons par nous faire copain-copain avec l'abuseur, dans l'espoir de voir les choses changer.
Quand la violence commence dans la cour d'école à 9 ans, tu apprends à manoeuvrer avec celle-ci, à la contourner, à l'éviter et parfois aussi à rendre coup pour coup, ceux qui t'ont été assénés.
Étant née dans un corps de femme et même si j'ai eu la chance d'avoir un père qui m'a parfois un peu éduquée comme un garçon, rendue à un certain point, j'ai bien vu que je n'étais pas de taille à rivaliser physiquement avec mes abuseurs. Mais j'étais intelligente, brillante, ça tous les adultes autour de moi me le disait et me le répétaient constamment. Alors je me suis armée de mots et j'en ai même fait mon métier. Planter quelqu'un avec un argument inattaquable, une réplique cinglante, j'ai beaucoup joué à ce jeu-là. Étaler mon éloquence, mon intelligence et mes connaissances aussi.
C'est pourquoi aujourd'hui, je les vois venir 100 kilomètres à l'avance ceux/celles qui se livrent à ce genre d'exercice. Je les aies vu opérer pendant tout mon processus d'édition de livre, lorsque j'ai fait affaire avec les maisons d'édition. Particulièrement celles qui sont situées en France. Où l'on aime beaucoup à vous faire sentir une supériorité intellectuelle, une prétention quant au fait de savoir et connaître plus que vous. J'ai aussi vue la mentalité du petit québécois face à tout ça. Celle qui place le français sur un piédestal et celle qui ne voit chez celui-ci, qu'un maudit français.
Je l'ai vu sur les réseaux mais je l'ai aussi vu en moi-même.
Aussi, aujourd'hui, je suis beaucoup moins impressionnable à ce niveau-là.
Ainsi que manipulable.
Plus je suis simplement revenue à moi-même, à la sincérité et l’authenticité qui sont là, de seulement partager sur ce qui se vit dans le maintenant, sans prétendre à quoique ce soit, plus je me suis éloignée de cette image qui se véhicule continuellement sur les réseaux quant à tout ce qui concerne les questions de cheminement en conscience au sens large.
Il y a un côté très pernicieux à tout ça. Ce que le milieu entretient chez les chercheurs tout autant que chez ceux qui font du partage, enseignent. Chez les praticiens et facilitateurs/trices aussi.
Ce matin, chéri me partageait un article très intéressant écrit dans La Presse sur les ateliers de « breathwork » (respiration consciente). Un article qui visait à ramener un peu de clarté entre ce qui se passe dans ces ateliers et ce qui se véhicule sur les réseaux relativement à ceux-ci. Des intervenants du milieux ont été interrogés: Facilitateurs, profs de yoga. Mais aussi des professionnels de la santé: Psychiatres, neurologues.
Un bel article, où il y avait de la nuance entre les promesses qui sont faites sur les réseaux et les résultats réels auxquels on peut s’attendre de ce genre de pratique. Tous ceux qui ont été interrogés abondaient dans le même sens. Ce qui laisse voir que nous pouvons aussi nous entendre quand nous sommes ouverts au point de vue de l’autre, peu importe le milieu dont nous provenons.
Vouloir aider ne suffit pas.
Vouloir être un travailleur de la lumière, un/e participant/e à l’élévation de la Conscience ou au réveil massif de l’humanité non plus. Avoir une mission de vie n’est pas garant de vous planter royalement en voulant vous déployer dans celle-ci. Pas plus que le fait d'être un être spirituel venu vivre une expérience humaine. Ce sont des beaux discours et belles paroles qui continuent simplement de créer de la division entre cette part spirituelle que nous revendiquons si chèrement et cette humanité que nous continuons de ne pas être en mesure d'honorer. À la hauteur et la mesure de tout ce qu'elle mérite en attention et en amour.
C’est la même chose également lorsque vient le temps de vouloir faire cheminer quelqu’un, qui n’a pas sollicité votre aide ou votre opinion sur le sujet. Je suis à peu près certaine que l’individu qui a écrit au créateur de contenu que j’ai mentionné ci-dessus, se croyait légitime d’intervenir. Simplement parce qu’il y a une rubrique de commentaires sous la vidéo qui lui permet de s’exprimer sur son contenu.
D’une certaine perspective, il est vrai de dire que dès que nous entrons dans l’espace public, il faut être prêt à envisager la critique et le fait que les gens ne seront pas tous/toutes en accord avec nous.
Bien sûr!
Mais il existe une distinction très grande entre le fait, encore une fois, de partager humblement sa façon de voir les choses avec l’autre ET imposer notre façon de voir celle-ci à l’autre. En s’en prenant à la personne elle-même, ses caractéristiques personnelles. Ou encore, en mettant en doute la teneur de son expérience, la véracité de ses propos ou ses motivations.
Je ne m’exclue pas des dynamiques que je pointe. J’ai joué à la sachante moi aussi et me « croyais éveillée ». J’ai été malhabile malgré le fait que j’étais remplie de « bonnes intentions » et souhaitais sincèrement entrer en relation avec des gens qui disaient avoir vécu quelque chose qui s’apparentait à quelque chose que j’ai aussi vécu.
Mais quand même assez rapidement, j’ai réalisé que toute ma bonne volonté, ma gentillesse et mes paroles bien enrobées ne suffisaient pas. Elles ne suffisaient pas à briser ce mur auquel je me suis heurtée sur les réseaux pendant plus de 2 ans. Rendue à un certain point, j'ai eu moi-même à devoir ériger un mur. Pas un mur pour me couper de l'autre. Seulement un mur qui assure que lorsque les gens entrent dans mon espace de partage, que ce soit dans la vie ou sur les réseaux sociaux, les choses se fassent avec bienveillance et respect. J'ai dû faire ce que j'ai un jour vu Francis Lucille faire en Satsang à Paris: Sortir des gens de mon carré de sable.
Il y a beaucoup d'ingérence dans le milieu spirituel et très peu d'éthique chez les gens qui en font partie. Beaucoup de petits gérants d'estrade qui ne se prennent pas pour de la crotte de chien. Je l'avais vu lorsque Jeff Foster a vécu son épopée avec la maladie de Lyme. Vu tellement de gens se prononcer sur ce qu'il vivait, son niveau d'éveil et de réalisation, vu toutes les recommandations et suggestions des uns et des autres sur la façon dont il aurait dû affronter ou rencontrer cette expérience.
Je regardais tout ça aller et je me disais: Mais où est passée l'humanité de ces gens-là?
Cela dit, de le vivre personnellement, c'est encore autre chose. Et je ne prétends pas avoir vécu quelque chose qui se rapproche un tant soit peu de ce que Jeff a vécu! Avec le recul, je dirais que c'est une expérience excessivement enrichissante et formatrice. Mais cela n'empêche pas qu'elle emporte aussi des questionnements sur la manière dont nous souhaitons ensuite nous impliquer ou contribuer. À un milieu qui fonctionne encore beaucoup sur des principes d'omerta et de refus à dénoncer les abus, lorsqu'ils se présentent.
Parce que nous le savons tous: Il faut demeurer ouvert et accueillant aux autres, tout le monde est toujours à sa juste place, les choses sont parfaites telles qu'elles sont, il n'y a personne pour s'en offusquer ou finalement... Que la vie sait et fait.
Autant de phrases creuses, de concepts et de croyances qui sont là à nous entraver dans notre expression.
Réaliser quelque chose, ça part de l’intellect et du mental. Ça ne change rien à ce que vous êtes fondamentalement, tant que vous n’avez pas été à la rencontre de ces fondements. Je ne dis pas que ça ne peut pas permettre de vous rencontrer autrement. C’est d’ailleurs précisément l’intérêt de tout ce que j'ai personnellement rencontré et traversé depuis le retournement de conscience. C’est pourquoi je dis depuis le début et répète constamment que les questions d’éveil et/ou de réalisation du Soi, ne sont pas une finalité, mais bien un commencement.
Le commencement de quelque chose qui devrait vous permettre de vous aborder, d’aborder la vie et les autres avec plus de douceur, de tendresse, de bienveillance et de patience. Avec un cœur plus ouvert et des dynamiques comportementales qui graduellement seront elles aussi, moins dans la peur et la résistance.
Mais cette personne avec qui vous interagissez sur les réseaux, à qui vous offrez des services ou faites des promesses, vous ne la connaissez pas vraiment. Vous la rencontrez à partir de vos filtres, vos croyances et vos propres déclencheurs.
Tout comme ceux/celles qui partagent. Qui véhiculent leur p’tit bout de vérité à partir de ces mêmes éléments.
Ça demande donc beaucoup de finesse et d’intelligence pour naviguer à travers tout ça, sans se perdre dans les divers scénarios proposés ou repartir pour un tour de manège supplémentaire sans même s’en être aperçu…
Je suis beaucoup moins naïve et surtout beaucoup plus prudente aujourd’hui, lorsque j’aborde la spiritualité moderne, le développement personnel et tout ce que l’industrie du mieux-être peut nous offrir sur les réseaux. Je ne me repose plus sur les bonnes intentions des gens et encore moins sur les promesses qu’ils font.
Quant à ceux/celles qui partagent, je m'éloigne très rapidement de ceux/celles qui continuent de ne présenter que des images uniformes et policées. Où seul le beau côté vous est présenté. Où la souffrance et le registre émotionnel sont abordés avec un détachement digne des plus beaux cas offerts par les troubles de personnalité antisociale, ceux de la personnalité schizoïde ou des TSPT. Ces espaces où l’accès à la vulnérabilité, la sensibilité et à la fragilité ne sont jamais présentés ou que tout est toujours trop beau, trop joyeux ou trop parfait pour être vrai.
Parce que peu importe que leur dynamique vienne du fait qu'ils souffrent réellement d'un trouble de la personnalité, d'un choc post-traumatique ou que ce soit en corrélation avec les différentes étapes qui viennent dans un processus dit « d'éveil », le résultat demeure le même. Ce sont des gens qui ne sont pas en mesure de naviguer dans les défis quotidiens du réel, pas plus qu'ils sont véritablement en mesure d'entrer en relation avec les autres.
Ce n’est pas que je me méfie ou que je n'ai pas d'empathie. Au contraire, je connais la souffrance et demeure très sensible à celle de mon prochain. C'est surtout le fait je dirais, que ces gens-là ne veulent pas voir, ni écouter.
Parce qu'ils croient avoir tout vu, tout compris, ils demeurent ignorants d'eux-mêmes. Ce qui rend impossible tout échange sensible et véritable.
Il n’y a rien de plus fragile et vulnérable qu’une image de perfection, des propos vertueux ou une odeur de sainteté. Dernière tout ça, il y a des idéaux si élevés qu’ils ne pourront jamais être rencontrés. Des rêves brisés et inassouvis qui se cherchent une issue. Une psycho-rigidité faites de plusieurs décennies de conditionnements religieux. Ou pire: Une aversion pour tout ce que le religieux a produit, en termes de dérives et d’égarements. Qui cherche une nouvelle forme d’expression au transcendant, peu importe comment.
Transcender quelque chose ne vous affranchi pas. Cela vous fait dépasser une limite et la voir. Mais la limite demeure, tant et aussi longtemps qu'elle n'a pas été accueillie, acceptée et embrassée.
Aujourd'hui, la transcendance me laisse indifférente parce que je vois que ce n'est rien d'autre qu'une planque. dans laquelle on peut s'enfermer pour ne pas avoir à rencontrer la réalité.
Et c'est la même chose avec la volonté de vouloir aider. Derrière celle-ci, il y a celui/celle qui offre ce qu'il/elle aurait aimé recevoir, ce qu'il/elle n'a pas eu. Il y a cette croyance qui nous tient à la gorge que pour être aimé/e, vu/e ou reconnu/e, il faut donner, être serviable, bon/ne et gentil/le. Que oser demander, accepter de recevoir ou avouer que nous ne savons pas ou n’avons pas de solution à offrir, sont des formes de faiblesse, plutôt que des actes de courage. Des faiblesses qui continueront de nous mettre à l'écart d'une manière ou d'une autre.
Ce qui n'est pas complètement faux dans ce monde, tel qu'il est encore aujourd'hui.
Non, vouloir aider ne suffit pas, et je dirais qu’il en est de même avec le partage. Dans un cas comme dans l’autre, cela demeure une sorte d’illusion, tant que nous ne réalisons pas que nous ne pouvons pas aider, partager ou ne serait-ce que sincèrement entrer en relation avec quelqu’un qui croit qu’il/elle en sait plus que vous ou que vous n’avez rien à lui apporter.
Dans un marché où la connaissance, le savoir-faire et la maîtrise demeurent les éléments que les gens cherchent ou vers lesquels ils courent, tout ce que j'ai actualisé de mon processus au cours des dernières années devient complètement caduque et je réalise de plus en plus que je n'ai rien à offrir.
Comprenez-moi bien: Je suis parfaitement consciente que j'ai beaucoup à offrir. Mais plus le temps passe, moins je sens le besoin de le prouver et encore moins de le vendre. En outre, je constate que ce que j'ai à offrir ne correspond pas du tout à ce que les gens cherchent à l'heure actuelle.
***
Hier, j’ai fait mon premier accompagnement bénévole en soins palliatifs depuis le décès de ma maman.
Oui, je fais du bénévolat en soins palliatifs.
L’individu que j’ai rencontré a dormi la majeure partie du temps où j'ai été à son chevet et je n’ai aucune idée quant à savoir s'il a été conscient de ma présence ou non.
En lui tenant la main, je me disais que c’est peut-être là que se situe la relation la plus vraie et sincère…
Quand nous sommes complètement démunis face au Mystère et que tout ce dont nous avons besoin, c’est une présence silencieuse mais rassurante. Pour nous permettre de franchir le seuil de la seule chose qui soit certaine.
Ce pas que nous aurons tous/toutes à franchir un jour ou l’autre vers le véritable inconnu.
D'ici là, nous vivons dans un monde qui croit comprendre et c'est cette croyance plus que n'importe quelle autre, qui le conduira à sa perte.
***
« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?
Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.
Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.
Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! Cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés.
On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard. » - Éclesiaste 1:2,11




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